Retour

Le RGPD va-t-il nous laisser sans voix?

Le RGPD va-t-il nous laisser sans voix?

21 juin 2019

Quand on en parle, ça tombe sous le sens ! Non, la voix n’est pas une donnée libre de droits. Ce serait même l’une des données les plus sensibles au regard du règlement sur la protection des données personnelles, entré en vigueur il y a déjà un an. La voix serait donc une donnée qui s’ignore ? Décidément oui puisque, selon un sondage Mediartis, près de 82% de Français ne savent pas que leur voix est protégée par le RGPD.

Que faisons-nous de notre voix au quotidien ?

 

C’est la question que pose en substance Mediartis, la première plateforme conforme au RGPD pour la gestion des « data-voix » des comédiens. Avec la multiplication des usages vocaux digitaux la question prend tout son sens. Et le RGPD y répond en estimant qu’au même titre que le nom, l’adresse, le numéro de sécurité sociale, la voix est une donnée à caractère personnel au sens du règlement et qu’elle doit être protégée car susceptible d’identifier « directement ou indirectement » une personne physique. L’article 4.1 du RGPD définit une « donnée personnelle» comme étant toute information relative à une personne permettant de l’identifier directement ou indirectement (…) notamment par référence à une ou plusieurs propriétés spécifiques uniques qu’elle soit physique, physiologique, génétique, économique, sociale, culturelle, psychique. La voix est donc protégée par cet article car elle correspond à l’identité physiologique d’une personne. Bien que les nouvelles technologies ont fortement impacté nos habitudes, les Français ont gardé, pour une large majorité d’entre eux, un usage traditionnel de leur voix. Ainsi 86% « passent des appels téléphoniques à leur entourage » et 41% « ont déjà échangé avec des centres d’appels ». Cependant, avec l’arrivée de technologie comme la reconnaissance vocale ou encore l’intelligence artificielle, de nouveaux usages s’invitent dans le quotidien des Français. Près de 30% saisissent vocalement leur texte (sms, mail…). 24% n’écrivent plus mais enregistrent des messages vocaux sur les réseaux sociaux (whatApp, Messenger…). Et 17% échangent avec des assistants comme Siri de Apple, Alexa de Amazon ou encore Cortona de Microsoft et Google home.

 

 

Selon les exigences du RGPD, le traitement de la voix, comme toute donnée personnelle, doit être fondé sur une base juridique. A savoir, le consentement, l’exécution d’un contrat, le respect d’une obligation légale, la protections des intérêts vitaux, l’intérêt public et l’intérêt légitime.

Juridiquement, les personnes possèdent depuis le 25 mai 2018, de nouveaux droits : d’accès, d’opposition, de rectification, à l’oubli, à la limitation du traitement, à la portabilité. Or, selon le sondage de Mediartis, 28% des personnes interrogées n’ont pas conscience du niveau de protection dont ils bénéficient avec le RGPD.

⭐️ 54% estiment que c’est uniquement ce qu’ils disent qui est protégé.
⭐️ Seuls 17% estiment que leur voix pourrait être protégée.

 

 

La voix tombe donc sur le coup du règlement puisqu’elle permet, à elle-seule, d’identifier une personne. Mais au-delà de l’identification, avoir accès à l’enregistrement d’une voix expose les individus à un plus grand risque : celui de l’usurpation d’identité. Interrogés sur les risques que peut entraîner leurs usages « vocaux », ils sont seulement 39% à avoir conscience que leur voix peut être reproduite, et donc soumise par exemple à un risque d’usurpation d’identité. Par contre, ils sont plutôt conscients des risques encourus par les informations transmises. Près de 62% pensent que ces informations peuvent être stockées et 53% estiment qu’elles peuvent être utilisées à des fins commerciales.

 

Méthodologie

 

Sondage réalisé sur un échantillon Toluna de 1114 personnes, représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne du 14 au 23 mai 2019.